Un millénaire d’histoire sous nos yeux
Classé Monument Historique en 1906, le Donjon de Vez est un lieu incontournable du patrimoine de l’Oise. Véritable forteresse médiévale, le Donjon de Vez est devenu dans les années 1980 un lieu dédié à la création contemporaine. Abritant un ensemble de sculptures monumentales, le donjon et son jardin contemporain, labellisé « Jardin Remarquable » par le ministère de la Culture en 2007, bénéficient d’une mise en valeur originale qui allie installations in situ et architecture féodale.
Le Donjon de Vez conjugue patrimoine et modernité, tel un interstice entre l’époque médiévale et contemporaine.
Histoire et architecture
Au cœur de la vallée de l’Automne, les origines du domaine remontent au XIIIème siècle, lorsque Philippe Auguste, roi de France, cède les terres de Vez au chevalier Raoul Duchemin (dit Raoul d’Estrées) en récompense de ses faits d’armes à la bataille de Bouvines. Ce dernier y fait construire une première résidence seigneuriale de trois étages, dont il ne reste que les cheminées en ruine, ainsi qu’une chapelle adjacente. Détruit en 1358 durant la Grande Jacquerie, le logis est reconstruit par Hector de Vez.
A la fin du XIVème siècle, son fils Jehan de Vez s’associe à Louis Ier d’Orléans (frère du roi Charles VI et seigneur du Valois) pour ériger le donjon pentagonal et une enceinte de remparts englobant les vestiges du château primitif.
La tradition locale associe également le site au souvenir de Jeanne d’Arc – la « Tour Jeanne d’Arc » sur les remparts lui rend hommage – bien que sa venue ou son séjour dans le château relève de la légende populaire.
L’histoire du lieu s’enrichit au XIXème et XXème siècle grâce à de nouveaux propriétaires.
Léon Dru, ingénieur français, acquiert le château de Vez en 1884. Grand mécène, il lègue à sa mort d’importantes sommes d’argent à l’État, permettant le rachat du château d’Azay-le-Rideau et l’acquisition de d’œuvres de Chardin pour le Musée du Louvre.
Après la Première Guerre mondiale, Eugène Barbier reprend le domaine et entreprend de le transformer en une résidence moderne dotée du confort de son siècle, tout en préservant scrupuleusement l’aspect féodal de la forteresse.
Le Donjon
Haut de 27 mètres, le donjon est une structure avant tout dissuasive, conçue pour marquer le paysage et affirmer la puissance seigneuriale. Ses murs très épais, accompagnés de douves et de cylindres en maçonnerie pleine, imposent une présence monumentale. Bien que le donjon serve principalement d’élément de prestige et de point stratégique, il compte quelques dispositifs défensifs : ses mâchicoulis et ouvertures de tir permettaient d’assurer la protection directe de l’édifice, tandis que les courtines, élevées à treize mètres de hauteur, offraient un accès rapide sur les fronts exposés.
La chapelle
Au centre de l’enceinte, la chapelle originelle conserve la mémoire de Simon de Vez (représenté sur un vitrail et un tympan sculpté) comte de Valois, du Vexin et d’Amiens. Elle abrite plusieurs éléments d’intérêt.
La crypte est une remarquable pièce voûtée en sous-sol.
La nef accueille de magnifiques fonds baptismaux provenant le l’église de Morcourt, ainsi que les gisants en marbre blanc de Léon Dru (ancien propriétaire, mécène de l’Etat pour l’achat du château d’Azay-le-Rideau) et de son épouse. Ces chefs-d’œuvre sont signés du sculpteur Emmanuel Frémiet, réputé pour sa célèbre pointe du Mont Saint-Michel.
L’escalier à vis mène à un petit oratoire, puis à la salle des gardes et sa porte du XVIème siècle en noyer sculpté. Au-dessus se trouve la salle Eiffel, dont l’armature métallique en berceau a été réalisée par les ateliers du célèbre ingénieur Gustave Eiffel.
La cour Bourdelle
Espace d’exposition en plein air, la Cour Bourdelle incarne le dialogue entre nature et sculpture. Conçue en 2000 par le paysagiste Stéphane Ducoux autour d’un verger de pommiers, elle accueille notamment une tête de cheval en bronze d’Antoine Bourdelle (prêtée par le Musée Bourdelle de Paris).
Ce lien harmonieux entre les époques fait aujourd’hui du Donjon de Vez un interstice singulier entre Moyen Âge et art moderne.
Les remparts
L’enceinte du château est entourée de remparts hauts d’environ treize mètres, surmontés de chemins de ronde, également appelés courtines.
La porte du châtelet se situe au milieu d’une de ces courtines. Elle était défendue par deux tourelles se terminant en clocheton, ainsi que par un pont-levis. Un fossé séparait le mur d’enceinte de la basse-cour, renforçant ce dispositif défensif.
Deux autres tourelles, construites aux extrémités des courtines, participaient également à la défense du site. On y accédait par un escalier. L’une d’elles s’est effondrée dans les années 1950.
On remarque aussi, adossée à l’un des remparts, la tour Jeanne d’Arc, qui doit son nom au passage de Jeanne d’Arc à Vez. Celle-ci s’était rendue dans le Valois en apprenant que le duc de Bourgogne cherchait à s’emparer de plusieurs châteaux afin de relier les Flandres à ses domaines bourguignons. Après avoir rejoint Crépy, elle parcourut la région de Senlis à Compiègne — une manœuvre que l’historien Gabriel Hanotaux décrit comme celle d’un « chien de garde vigilant qui rassemble son troupeau », rôdant autour de la ville.
Eugène Viollet-le-Duc
Au XIXème siècle on redécouvre les architectures médiévales grâce à l’architecte Eugène Viollet-le-Duc et à l’écrivain Prosper Mérimée (devenu en 1834 inspecteur général des monuments historiques).
Viollet-le-Duc va réaliser de nombreuses illustrations et textes sur le patrimoine médiéval français qui vont être répertoriés dans le Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle et Dictionnaire raisonné du mobilier rédigés entre 1854 et 1875.
Viollet-le-duc va consacrer dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle une partie au Donjon de Vez.














