Pour les amateurs de promenades, Vez offre un cadre naturel paisible et riche en histoire. De nombreux sentiers permettent de découvrir la beauté de la vallée de l’Automne, les bois environnants et les vestiges du passé.

Situé au cœur de l’ancien pays de Valois, le village de Vez occupe une place singulière dans l’histoire de la région. On tient désormais pour certain, d’après les Archives nationales, que « Valois » signifie « pays de Vez ». Cette étymologie prend tout son sens lorsque l’on considère que Vez fut la première capitale du Valois, de 486 à 949, avant que les reliques de saint Arnoult ne soient transférées à Crépy-en-Valois par le prêtre Constance, natif de Vez, qui les déroba aux moines qui les conservaient.

Les origines de Vez remontent bien avant l’époque chrétienne. Dès le Ier siècle avant J.-C., des tribus gauloises y vivent. Durant les cinq premiers siècles de notre ère, l’Empire romain y établit un important camp militaire pour se défendre contre les Francs, appelés alors « barbares ». Après la défaite romaine à Soissons en 486, Vez prend une nouvelle dimension stratégique sous le règne de Clovis, roi des Francs, et devient la capitale du Valois, dotée d’un château fort aujourd’hui disparu.

Aux premiers temps de l’ère chrétienne, des moines venus de l’abbaye Saint-Médard de Soissons s’installent sur le plateau dominant la vallée, y établissant une ferme fortifiée baptisée Saint-Marc. Ils y rassemblent une population laborieuse, construisent un vivier et érigent un barrage sur l’Automne, au niveau de l’actuel moulin.

L’histoire de Vez est surtout indissociable de celle de son château. Propriété des comtes du Valois, le château est cédé aux moines de Saint-Arnoul en 1118. En 1214, à la mort d’Éléonore de Vermandois, comtesse du Valois, le comté retourne à la couronne. Le roi Philippe Auguste, victorieux à Bouvines cette même année, en fait don à Raoul du Chemin, un chevalier valeureux qui devient maréchal de France et prend le nom de Raoul d’Estrées. Il est l’ancêtre de Gabrielle d’Estrées, célèbre favorite d’Henri IV.

Raoul d’Estrées reconstruit un logis à trois étages, renforce les remparts côté vallée et bâtit une enceinte côté plaine. En 1360, son arrière-petit-fils, Jean de Vez, érige le majestueux donjon hexagonal et consolide la forteresse, en pleine guerre de Cent Ans. Le château est ensuite hérité par Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI, qui en parachève la fortification. Vez devient alors un bastion défensif clé, prisé lors des nombreux conflits du XVIe siècle, notamment lors des affrontements entre les troupes de Charles Quint et de François Ier, puis entre catholiques et protestants pendant les guerres de Religion.

La tour Jeanne d’Arc, flanquée d’un rempart dans le parc du château, commémore le passage de l’héroïne en 1430, peu avant sa capture. Elle séjourne à Vez afin de protéger la région contre les ambitions territoriales du duc de Bourgogne.

Le château perd son importance militaire après la Révolution. Le 11 février 1797, le château, l’église, les fermes, étangs et moulins sont vendus comme biens nationaux. Au cours du XIXe siècle, les vestiges médiévaux souffrent, les remparts sont lapidés, et le château tombe en ruine.

C’est au XXe siècle qu’il retrouve vie grâce à Léon Dru, grand industriel du génie civil, qui rachète le domaine en 1900. Il le restaure intégralement selon les principes de Viollet-le-Duc et confie à Gustave Eiffel la conception de la charpente métallique de la chapelle. Cette dernière, bâtie au XIVe siècle, est consacrée à Simon de Vez, qui fit vœu de chasteté la nuit de ses noces et renonça à ses droits seigneuriaux. La chapelle abrite une crypte, une nef, deux tombeaux en marbre blanc (ceux de Léon Dru et de son épouse), une salle de garde, et la fameuse salle Eiffel.

Le donjon, haut de 27 mètres, présente une architecture défensive remarquable. Flanqué de cinq contreforts cylindriques pleins, il est percé de mâchicoulis soutenus par des corbeaux en pierre. Les courtines sont accessibles depuis le premier étage par des portes étroites bien défendues, permettant à la garnison de manœuvrer rapidement. Le château de Vez s’inscrit dans un vaste système défensif aux côtés de Coucy, La Ferté-Milon, Pierrefonds et Montépilloy. Aujourd’hui, deux étages sont aménagés en galeries d’art ancien et contemporain, la chapelle et certaines pièces sont ouvertes à la visite.

Durant la Première Guerre mondiale, le général Mangin y établit son état-major en juillet 1918. C’est à Vez qu’il signe l’ordre de l’offensive du Tardenois, étape décisive vers la victoire finale. Le monument aux morts, érigé en 1922, honore les 23 Vadais tombés pendant la Grande Guerre, ainsi qu’un soldat de la guerre d’Algérie. Heureusement, aucun habitant de la commune ne périt durant la Seconde Guerre mondiale, bien que le village ait été évacué à deux reprises.

En 1987, le château est acquis par la famille Briest, qui perpétue l’esprit novateur de Léon Dru en alliant les pierres médiévales à l’art contemporain, faisant de Vez un lieu vivant, mêlant patrimoine et création. Aujourd’hui, M. Briest ouvre les portes de son donjon à la visite tous les week-ends de juin à octobre et tous les jours de juillet à septembre.

Autre monument du village de Vez : l’église Saint-Martin-et-Saint-Léonard, qui est inscrite à l’inventaire des monuments historiques depuis 1926. Elle possède une nef du XIIe siècle et un chœur gothique du début du XIIIe siècle d’une grande élégance. Parmi son mobilier, six éléments sont également classés monuments historiques depuis 1996. Certaines statues ont été confiées au musée de l’archerie de Crépy-en-Valois.

Enfin, les anciennes carrières souterraines, datant du Xe siècle, ont façonné le sous-sol de Vez en un véritable gruyère, témoins silencieux de la richesse et de l’histoire millénaire de cette commune unique.

Une balade autour du château permet d’admirer ses remparts et ses jardins, tandis qu’une marche vers les anciennes carrières ou le moulin offre un aperçu du patrimoine rural local. Le village, avec ses ruelles fleuries et ses points de vue sur la plaine, invite à la flânerie et à la découverte.